Dérivée factorielle : pourquoi elle n’existe pas et l’alternative avec la fonction Gamma

Nathan Jégou

mai 26, 2026

💡 L’Essentiel en 30 Secondes

La réponse courte et cruciale : La fonction factorielle classique, notée n!, n’a pas de dérivée au sens mathématique habituel. Pourquoi ? Parce qu’elle n’est définie que pour des entiers (0, 1, 2, 3…). On ne peut pas calculer de pente de tangente sur un ensemble de points isolés.

La nuance importante : On peut dériver des expressions qui contiennent une factorielle constante (comme x²/2!). La factorielle est alors traitée comme un simple coefficient numérique.

L’extension avancée : Pour « dériver une factorielle », il faut passer par son prolongement continu sur les réels : la célèbre fonction Gamma d’Euler (Γ). Sa dérivée existe et s’étudie en analyse complexe.

Si vous êtes tombé sur cet article en cherchant « dérivée factorielle », vous avez probablement rencontré un mur. Vos tentatives pour appliquer bêtement (x!)’ ou utiliser les règles classiques ont échoué. C’est normal, et c’est même le signe que vous avez saisi une subtilité fondamentale. Explorons ensemble ce qui bloque, et surtout, la porte de sortie magnifique que les mathématiques offrent.

Le Problème Fondamental : Une Fonction « en Pointillés »

Pour bien comprendre, revenons à la définition de base. Pour un entier naturel n, la factorielle est le produit :

n! = 1 × 2 × 3 × … × n (avec la convention 0! = 1).

Son domaine de définition est donc l’ensemble discret ℕ = {0, 1, 2, 3, …}. Graphiquement, cela donne une série de points isolés dans le plan.

⚠️ Le Principe de la Dérivée

La dérivée mesure le taux de variation instantané d’une fonction. Conceptuellement, c’est la pente de la tangente à la courbe en un point. Pour que ce concept ait un sens, la fonction doit être définie sur un intervalle continu de nombres réels (comme [0, +∞[ ou ℝ). On doit pouvoir s’approcher infiniment près du point par la gauche et par la droite. C’est impossible avec des points espacés de 1 unité.

Demander la dérivée de la factorielle classique, c’est un peu comme demander la vitesse instantanée d’une voiture dont on ne connaît la position qu’une fois par jour à minuit pile. L’information nécessaire (ce qui se passe entre les points) manque totalement.

Le Cas où la Factorielle est une Constante

Maintenant, dézoomons. Souvent, la factorielle apparaît à l’intérieur d’une expression plus grande qui, elle, est continue et dérivable. Un cas archi-classique ? Les séries entières ou le développement en série de Taylor. Par exemple :

f(x) = x³ / 3! ou g(x) = Σ (xⁿ / n!) (la série exponentielle).

Ici, n est fixe. Si on dérive par rapport à x, la quantité n! est juste un nombre constant, comme 2, π ou 42. On applique donc les règles de dérivation habituelles sans sourciller.

🧮 Exemple Pratique Rapide

Soit h(x) = x⁵ / 5!. On sait que 5! = 120.
Donc h(x) = x⁵ / 120.
Sa dérivée est : h'(x) = (5x⁴) / 120 = x⁴ / 24.
Et on remarque que 24 = 4!. On retrouve même une propriété élégante : la dérivée de xⁿ/n! est xⁿ⁻¹/(n-1)!.

C’est la situation la plus fréquente dans les exercices de prépa ou de licence. La « dérivée de la factorielle » n’existe pas, mais la dérivation avec une factorielle constante est monnaie courante.


La Solution : La Fonction Gamma (Γ), l’Usine à Continuité

Mais les mathématiciens détestent les impasses. Le génie d’Euler a été de trouver un prolongement continu et dérivable de la factorielle à (presque) tous les nombres complexes. Cette superstar s’appelle la fonction Gamma. Elle est définie pour tout z (sauf les entiers négatifs ou nul) par une intégrale :

Γ(z) = ∫₀^∞ t^(z-1) e^(-t) dt.

Sa propriété magique ? Pour tout entier naturel n, on a l’égalité parfaite :

Γ(n+1) = n!

Contrairement à n!, Γ(z) est définie et dérivable (indéfiniment) sur un domaine continu. On peut donc bel et bien parler de sa dérivée, Γ'(z), et même de ses dérivées successives.

dérivée factorielle
Fonction Factorielle (n!) Fonction Gamma (Γ(z+1))
Définie sur (les entiers) Définie sur ℂ \ {-1, -2, -3…} (presque tous les complexes)
Représentation graphique : points isolés Représentation graphique : courbe lisse
Non dérivable (pas de sens classique) Dérivable (analyse complexe)
Calcul : produit simple Calcul : intégrale complexe ou approximations
Usage : combinatoire, séries discrètes Usage : analyse, physique théorique, probabilités continues

À quoi ressemble la dérivée de la fonction Gamma ?

La dérivée Γ'(z) existe mais n’a pas d’expression simple en termes de fonctions élémentaires. Elle s’exprime elle-même à l’aide de fonctions spéciales comme la fonction digamma ψ(z), définie par ψ(z) = Γ'(z) / Γ(z). L’étude de ces dérivées est cruciale en théorie analytique des nombres et en physique statistique.

🔍 Astuce Calculatrice (Hors Manuel)

Sur une calculatrice scientifique haut de gamme (comme les TI-Nspire CX II, HP Prime ou Casio fx-CG50) disposant de la fonction Gamma, vous pouvez visualiser l’idée. Tapez la fonction Γ(x+1) et utilisez l’outil de calcul de dérivée numérique ou tracez sa courbe. La calculatrice vous confirmera que la pente existe et varie de manière continue, contrairement à la factorielle discrète. C’est une excellente façon de faire le lien entre la théorie abstraite et la concrétude de la courbe.

Pourquoi cette question revient-elle si souvent ?

Cette interrogation est un rite de passage. Elle marque le moment où un étudiant passe d’une application mécanique des formules à une réflexion sur la nature des objets mathématiques qu’il manipule. C’est une excellente question qui révèle une curiosité saine.


Récapitulons les Idées Clés

  • 🚫 n! (classique) n’est pas dérivable. Point final. La raison est son domaine discret.
  • ✅ On peut dériver des expressions où n! est une constante (ex: xⁿ/n!).
  • 🌉 La fonction Gamma Γ(z) est le prolongement continu et dérivable de la factorielle. C’est elle qui a une dérivée, notée Γ'(z).
  • 🧠 Se poser cette question, c’est faire un pas important en compréhension mathématique.

Existe-t-il une formule pour la dérivée de n! (comme (x!)’ = x! * (1/1 + 1/2 + … + 1/x)) ?

Cette formule, parfois évoquée sur certains forums, est un faux ami. Elle provient d’une confusion avec la dérivée logarithmique de la fonction Gamma et sa relation avec les nombres harmoniques. Pour la factorielle discrète n!, définie uniquement sur les entiers, le symbole de dérivée (‘) n’a aucun sens mathématique standard. La formule que vous citez reflète en réalité une propriété de la fonction Γ et de sa dérivée logarithmique (la fonction digamma) évaluée aux entiers positifs. Pour une explication rigoureuse de la dérivée de Gamma, consultez la page dédiée sur Wikipédia.

Comment calculer la dérivée d’une expression comme « x! » si x est un réel sur ma calculatrice ?

Votre calculatrice, si elle est avancée (mode « calcul formel » ou disposant de la fonction Gamma), n’interprète pas « x! » comme la factorielle discrète lorsque x n’est pas entier. Elle utilise implicitement le prolongement Gamma : x! = Γ(x+1). Ainsi, quand vous demandez la dérivée, c’est celle de Γ(x+1) qui est calculée. C’est une approximation numérique de Γ'(x+1). Pour comprendre ce que fait vraiment votre machine, reportez-vous au guide d’utilisation des fonctions spéciales de la TI-Nspire ou de l’équivalent pour votre modèle.

La factorielle peut-elle être dérivée en utilisant la formule de Stirling ?

La formule de Stirling (n! ~ √(2πn) (n/e)^n) fournit une approximation asymptotique de n! pour les grands entiers. Bien qu’elle implique une expression continue en ‘n’, elle reste une approximation, pas une égalité. Dériver cette approximation donne une idée du taux de croissance approximatif de la factorielle pour les grands nombres, mais ce n’est pas la dérivée de la fonction factorielle elle-même. C’est un outil puissant en analyse asymptotique et en probabilités. Vous trouverez des détails sur son utilisation dans des ressources d’analyse avancée.

À quoi sert la dérivée de la fonction Gamma (Γ’) dans la pratique ?

La fonction dérivée de Gamma, et surtout la fonction digamma ψ(z) = Γ'(z)/Γ(z), ont des applications concrètes dans des domaines pointus. On les retrouve en :
Physique statistique : dans le calcul de propriétés de systèmes de particules.
Théorie des nombres : dans l’étude de la distribution des nombres premiers.
Probabilités et statistiques : dans la famille des distributions Gamma et Bêta, cruciales pour les modèles de durée de vie ou les analyses bayésiennes.
Calcul symbolique : pour résoudre ou simplifier certaines intégrales complexes. Un aperçu de ces applications est donné dans des discussions spécialisées comme sur Maths-forum.

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