Point anguleux : définition mathématique, caractéristiques et exemples concrets

Nathan Jégou

mai 31, 2026

En Bref : Le Point Anguleux

Définition : Un point d’une courbe où la fonction est continue mais non dérivable, formant un « coin ».

Condition clé : Les dérivées à gauche (f’g) et à droite (f’d) existent, sont finies, mais sont différentes.

Exemple archétype : La fonction valeur absolue |x| au point x=0.

À ne pas confondre avec : Un point de rebroussement (où une dérivée latérale est infinie).

En explorant les courbes et les fonctions, on rencontre souvent des zones de régularité, où la dérivation se fait sans heurt. Puis, il y a ces moments de rupture, ces petits accidents graphiques qui piquent la curiosité : les points anguleux. Si vous avez déjà tracé la courbe en V de la valeur absolue, vous l’avez vu de vos propres yeux. Ce n’est pas une erreur de tracé, mais une caractéristique mathématique essentielle, riche d’enseignement sur le comportement local d’une fonction. Comprendre ce point, c’est comprendre une limite fondamentale de la dérivabilité.

Qu’est-ce qu’un point anguleux ? Une définition en deux temps

Sur le plan visuel, un point anguleux est exactement ce que son nom suggère : un « coin » ou une cassure nette dans le tracé d’une courbe. La fonction change brusquement de direction, sans arrondi. Mathématiquement, cette singularité s’explique par le comportement des nombres dérivés.

🧠 Le Critère Fondamental

Pour qu’un point x₀ soit un point anguleux de la fonction f, trois conditions doivent être réunies :

  • f est continue en x₀. La courbe ne fait pas de « saut ».
  • Les dérivées latérales (à gauche f’g(x₀) et à droite f’d(x₀)) existent et sont finies.
  • Ces deux dérivées latérales sont nettement différentes : f’g(x₀) ≠ f’d(x₀).

L’essence du point anguleux réside dans cette dernière ligne. Le taux de variation instantané de la fonction n’est pas le même selon qu’on s’approche du point par la gauche ou par la droite. La limite unique qui définit la dérivée classique n’existe donc pas. En revanche, la courbe admet bien deux demi-tangentes distinctes en ce point, chacune suivant la direction de la courbe d’un côté. C’est la rencontre de ces deux demi-tangentes, non alignées, qui crée l’angle.

Reconnaître un point anguleux : la démarche pratique

Face à une fonction, comment procéder pour identifier formellement un tel point ? La méthode est systématique.

  • 📌 Étape 1 : Cibler les points « suspects ». Ce sont souvent les points où l’expression de la fonction change (dans une fonction définie par morceaux) ou là où la valeur absolue s’annule.
  • 📌 Étape 2 : Vérifier la continuité. Calculez la limite de f à gauche et à droite en ce point. Si elles sont égales à la valeur de la fonction, elle est continue. Sinon, c’est une discontinuité, pas un point anguleux.
  • 📌 Étape 3 : Calculer les dérivées latérales. Utilisez la définition du nombre dérivé (limite du taux d’accroissement) ou les règles de dérivation adaptées à chaque branche de la fonction.
  • 📌 Étape 4 : Comparer. Si les deux dérivées latérales sont des nombres réels finis mais distincts, vous tenez un point anguleux.
point anguleux

Exemples parlants et contre-exemples

Rien ne vaut l’illustration par l’exemple. Prenons le cas universellement connu : f(x) = |x|.

En x=0, la fonction est continue (le « V » se rejoint). Pour x < 0, f(x) = -x, donc f'(x) = -1. Pour x > 0, f(x) = x, donc f'(x) = +1. On a bien f’g(0) = -1 et f’d(0) = +1. Les deux sont finies et différentes. Conclusion : (0,0) est un point anguleux. Les demi-tangentes sont les droites de pente -1 et +1.

Un autre exemple classique est f(x) = |x² – 4|. La valeur absolue s’annule en x = -2 et x = 2. En étudiant les dérivées à gauche et à droite de ces points, on trouve à chaque fois des pentes opposées (par exemple, -4 et +4 en x=2). Ce sont donc deux points anguleux.

⚠️ Faux-Ami : La Fonction Racine Carrée en 0

La fonction √x n’est pas dérivable en x=0 car la dérivée à droite tend vers l’infini (tangente verticale). Ce n’est pas un point anguleux, mais un point de rebroussement de première espèce. La condition « dérivées latérales finies » n’est pas respectée.

Point anguleux vs Point de rebroussement : un duel à clarifier

La confusion est fréquente, car dans les deux cas, la fonction n’est pas dérivable. Pourtant, la nature géométrique de la singularité est différente. Le tableau suivant résume tout.

CaractéristiquePoint AnguleuxPoint de Rebroussement
Dérivées latéralesFinies et différentes (ex: -2 et +3)Au moins l’une est infinie (ex: -∞ et +∞)
TangentesDeux demi-tangentes distinctes, de pentes finies différentes.Deux demi-tangentes confondues (la même droite), mais de sens opposés. La courbe « rebrousse » chemin.
Angle forméAngle non nul et non plat.Angle plat (180°).
Exemple typef(x) = |x| en x=0f(x) = √|x| en x=0 ou f(x) = x^(2/3) en x=0
Vision graphiqueUn « coin » ou une « cassure ».Une « pointe » avec une tangente verticale.

Implications : pourquoi cette notion est-elle cruciale ?

Au-delà de la classification des points singuliers, la détection des points anguleux a des conséquences directes.

  • 🔬 Pour l’étude de fonction : Un point anguleux est un point où la fonction n’est pas dérivable. Il doit donc être exclu du domaine de définition de la fonction dérivée f’. Cela impacte le tableau de variation si la dérivée change de signe à cet endroit.
  • ⚙️ En modélisation : Dans les sciences physiques ou l’ingénierie, un point anguleux peut correspondre à un choc, une rupture, un changement de régime instantané (par exemple, l’instant où un objet rebondit sur le sol, la vitesse change brusquement de direction).
  • 🧮 Pour le calcul : Les algorithmes d’optimisation ou de tracé de courbes doivent être capables de gérer ces points singuliers sous peine de produire des erreurs. Votre calculatrice trace d’ailleurs un « coin » net pour |x|, preuve qu’elle les gère correctement.
Comment prouver qu’une fonction n’est pas dérivable en un point anguleux ?

Pour prouver la non-dérivabilité en un point anguleux, il faut démontrer que la limite du taux d’accroissement n’existe pas car ses limites à gauche et à droite sont différentes et finies. Concrètement, pour un point x₀, calculez séparément :
Limite à gauche : limh→0⁻ [f(x₀+h) – f(x₀)] / h = Nombre A.
Limite à droite : limh→0⁺ [f(x₀+h) – f(x₀)] / h = Nombre B.
Si A ≠ B et que A et B sont des réels finis, alors la dérivée classique (la limite bilatérale) n’existe pas. C’est la définition analytique du point anguleux. Une source détaillée sur cette approche par les limites est disponible sur ce document universitaire.

Une fonction peut-elle avoir un point anguleux sans valeur absolue ?

Absolument. La valeur absolue est l’exemple le plus simple car elle génère directement des expressions différentes de part et d’autre de zéro. Mais tout procédé créant un changement brusque et linéaire (ou affine) de la pente peut créer un point anguleux. Les fonctions définies par morceaux avec des expressions affines différentes sont un terreau courant. Par exemple, f(x) = { 2x+1 si x≤1 ; x+2 si x>1 }. En x=1, les dérivées latérales sont 2 (à gauche) et 1 (à droite) : c’est un point anguleux. Un exemple plus complexe est la courbe paramétrée ou certaines courbes implicites. Pour plus d’exemples variés, consultez cette discussion du forum Maths-Forum.

Point anguleux et continuité : sont-ils forcément liés ?

Oui, par définition. Un point anguleux exige que la fonction soit continue au point en question. Si la fonction n’est pas continue (comme un « saut » ou une discontinuité), on parle simplement d’une discontinuité. La non-dérivabilité y est encore plus évidente, mais la notion de demi-tangente n’a pas de sens car la courbe n’est pas connectée. La continuité est donc une condition préalable essentielle pour pouvoir étudier les dérivées latérales et parler de point anguleux. La ressource IleMaths rappelle bien ce point fondamental : « la fonction f est continue au point ».

Comment une calculatrice graphique traite-t-elle un point anguleux ?

Les calculatrices graphiques (TI, Casio, NumWorks…) tracent les courbes en calculant des points discrets qu’elles relient. Au niveau d’un point anguleux comme pour |x| en 0, l’algorithme de tracé est suffisamment fin pour détecter le changement de direction et placer un point précis à la discontinuité de la dérivée. Elles ne « lissent » pas la courbe. Si vous demandez la valeur de la dérivée (avec l’outil dérivée ou « dy/dx ») exactement en ce point, la calculatrice vous renverra généralement une erreur ou une valeur non définie, car elle détecte l’absence de limite unique. Certains logiciels de calcul formel (intégrés ou non) peuvent même retourner une expression de la dérivée par morceaux, indiquant clairement la non-dérivabilité au point de raccord.

Quelle est la différence entre un point anguleux et une cusp ?

Le terme anglais « cusp » est souvent traduit par « point de rebroussement » en français, et non par point anguleux. La différence est technique et visuelle. Une « cusp » (point de rebroussement) est un point où la courbe forme une pointe très aiguë et où les deux demi-tangentes sont confondues en une seule droite, mais de sens opposés (ex: la courbe monte, s’arrête net et redescend sur la même ligne). Mathématiquement, les dérivées latérales sont infinies de signes opposés. Le point anguleux, lui, a deux demi-tangentes non alignées formant un angle. Pour une comparaison visuelle et théorique, la vidéo « Point de rebroussement, point anguleux » illustre parfaitement cette distinction.

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